À l’occasion de ses dix années d’existence, l’Espace d’Art le Neuf consacre un temps fort au collagiste belge André Stas, dont l’esprit s’est avéré aussi facétieux qu’insubordonné. Sur deux étages, les thématiques chères à l’artiste, souvent traitées en séries, ainsi que les obsessions ludiques qui ont jalonné son œuvre sont à découvrir dès le 20 mars 2026. En effet, le Neuf conjugue des collages miniatures infusés dans l’humilité des premières fois, des timbres postaux détournés du droit chemin, des colluscrits parfois fantaisistes, parfois troublants de sagesse, des déclinaisons de l’Atlantide – cité engloutie selon Platon – ici resurgie du fond des âges pour faire blêmir Gaudí d’envie, des Décervelages (en référence à la chanson du décervelage dans Ubu Roi de Jarry) embrumés de chimères et de mirages, de ravageuses Gueules de Cons à deux doigts du coït, des hommes de la rue – petit peuple immobile et observateur des bibliothèques dépossédées de toute rigueur et d’intarissables logorrhées délestées de toute pudeur. Que Faustroll nous ait en sa sainte garde.
Véronique STAS
André Stas est né le 19 novembre 1949 à Rocourt. Le garçonnet reçoit une éducation stricte et chrétienne, durant laquelle il enchaîne sans peine actes méritoires et prix d’excellence, mais il s’échappe dans un monde secret où l’attend Armand, son ami imaginaire. Deux décennies plus tard, il achève sa licence en philologie romane à L’Université de Liège avec un mémoire qu’il intitule Pour une Approche de l’acceptation d’aphorisme au XXe siècle, et spécialement chez Achille Chavée. Il enseigne quelques années puis va définitivement voir ailleurs.
Entre pataphysicien, collagiste, auteur, poète, plasticien, bibliophile, illustrateur, chroniqueur, affichiste et verbicruciste, André Stas choisit de ne pas choisir et expérimente toutes ces vies en une seule. Dans l’entrelacs des chemins qu’il emprunte, l’artiste multiplie les collaborations artistiques et les amitiés fulgurantes avec, entre autres, André Blavier, Guy Jungblut, Roland Topor, Marcel Mariën, Fernando Arrabal, Louis Scutenaire, Tom Gutt et son gang, avec Noël Godin, Jean-Pierre Verheggen, Michel Antaki, Jean-Bernard Pouy, Franz Bartelt, et Nadine Monfils, Benjamin Monti, Gyuri Macsai, Erro, Glen Baxter, Amiral Galopin, Xavier Canonne et Alain de Wasseige.
Électron libre de la scène surréaliste et contre-culturelle belge, il devient un des piliers du Cirque Divers à Liège. C’est dans ce haut lieu de l’irrévérence et du non-sens joyeux, propice à la subversion, qu’il conçoit de folles expositions et publie dans le magazine C4 des tombereaux de chroniques littéraires passionnantes.
Défenseur acharné de l’art naïf, de l’art brut et de l’art différencié, il s’entiche aussi des fous littéraires, de Zazie, d’Alice et du Père Ubu, tout en ricochant avec aisance entre langage visuel et verbal, entre collages et aphorismes, mots croustillants et images licencieuses. Il œuvre dans les collectifs de peinture Frais d’orifices et Po$t-Zozo$, se lance dans Terril, groupe punk pour lequel il écrit de crapuleuses chansons, il fait partie de l’équipe iconoclaste de Radio Titanic à la RTBF, collabore régulièrement à Fluide Glacial, et reçoit, en 2009, le Grand Prix de l’humour noir Xavier Forneret pour son faux roman noir Entre les poires et les faux mages, paru aux Éditions des Cendres.
Collagiste prolifique, André Stas nous a livré des centaines de collages entre drôlerie, noirceur, pornographie, transgression, blasphème et poésie, que Jacques Lizène a qualifiés d’enluminures libres.
Le 26 avril 2023, à l’âge de 73 ans, André Stas est allé à la rencontre d’Armand ; on ne l’a plus revu depuis.
Véronique STAS
André est également l’auteur de nombreux livres et publications :
A galère égale, salaire égal. Temps Mêlés n°126, 1970 ;
Prose de l’hyperboréen. Temps Mêlés n° 122-124, 1974 ;
Compendium Pataphysicum. Temps Mêlés n°143, 1976 ;
Le néerlandais en 24 heures. Éditions du Cirque Divers 1979 ;
À la lipture de la rumite, dessins de Gyuri Macsai. 1990 ;
4 X 6 = 24, aux dernières nouvelles. Altamira Éditions 1992 ;
Grenailles errantes, dessins de Erró. Éditions La Pierre d’alun, 1995 ;
L’Embrouillamaxi, avec quinze dessins de Roland Topor. Les Marées de la nuit, 1997 ;
Les Radis artificiels, dessins de Roberto Ollivero. Les Atelier du Tayrac, 2002 ;
Battu hors des sentiers. Éditions Tétras Lyre, 2002 ;
Le grand Karmaval, fable. Éditions Galopin Spa, 2003 ;
24 Heures dûment. Éditions Galopin, 2004 ;
Les cent nouvelles pas neuves. Éditions Galopin, 2004 ;
Sur les autres mondes, portfolio. Éditions Galopin Spa, 2005 ;
Les Amis de l’Ardenne n°8-9, carte blanche à André Stas, 2005 ;
Les Bornes reculées, préface de Fernando Arrabal. Éditions Galopin 2006 ;
Entre les poires et les faux mages. Éditions des Cendres, 2008. Grand Prix de l’Humour noir, 2009 ;
Mandalas. Éditions 100 Titres, 2008 ;
Ubu ou la disparition du tyran polonais – Lipogramme en e du texte de Jarry (Au crayon qui tua, 2010 ;
Le décollement de la routine. Éditions Les Friches de l’Art, 2011 ;
Les Nègres du Kilimandjaro, avec neuf Neiges de Capitaine Lonchamps. Au crayon qui tue éditeur, 2012 ;
André Stas Collages. Éditions Yellow now et éditions 100 Titres, 2013 ;
Le Pas Sage à l’acte, Cactus Inébranlable éditions, 2014 ;
Demain, on phrase gratis ! Cactus Inébranlable éditions, 2015 ;
Les pets de Damoclès. Cactus Inébranlable éditions, 2018 ;
Sornets, avec Éric Dejaeger, illustrations Jean-Paul Verstraeten. R.A. Éditions 2018 ;
Tout est relatif (et tondu). Cactus Inébranlable éditions, 2021 ;
Un second cent de nouvelles pas neuves. Éditions Galopin, 2021 ;
Visions pataphylathéliques. Éditions Yellow Now 2021 ;
Lire le délire. Éditions Tirtonplan 2021 ;
Adages, avec Raoul Vaneigem. Éditions La Pierre d’Alun, 2022 ;
Bref cætera, avec Benjamin Monti. Éditions La Pierre d’Alun, 2022 ;
Je pensai donc je fus. Aphorismes complets 1993-2023. Cactus Inébranlable éditions 2023
Anarchiste dans l’âme, André Stas a porté ses titres comme des badges de non-conformisme :
Régent de la Chaire Fondamentale de Travaux Pratiques d’Aliénation mentale et Correspondant Emphytèote du Collège de ‘Pataphysique,
Grand Fécial Consort et Commandeur Exquis de l’Ordre de la Grande Gidouille,
Grand Dipsomane de l’Empire Impérial,
Ministre de la ‘Pataphysique, des Majorettes et des Pom-Pom Girls de l’Empire Kafre,
Co-Recteur de l’Institut Limbourgeois des Hautes Études ‘Pataphysiques,
Âme de l’Institut Itinérant des Petites et Moyennes Études ‘Pataphysiques,
Prétendant au Trône de Prince-Évêque de la Principauté de Liège
Consul Honoraire du Sultanat de Bouillon,
Chevalier de la Confrérie du Taste-Fesses,
Tête pensante de la Stas Academy,
Grand Jardinier du Paradoxe et du Mensonge universels,
Membre de l’Oupeinpo, de l’Oupolpot et de l’Académie Zygomatique à Paris.



































