Dans son travail, Benoit Piret construit des univers où les images se répondent, se multiplient et se transforment. À travers trois séries récentes — Rockmantic, Across the pink et Finding Closure — l’artiste explore les liens entre couleur, paysage, mémoire et imaginaire.
Chaque série s’organise autour d’une dominante chromatique qui lui confère son atmosphère et sa charge symbolique : le bleu nocturne de Rockmantic, le dialogue frontal du rose et du noir dans Across the pink, ou les tonalités sablonneuses et presque monochromes de Finding Closure. Les images, souvent issues de paysages familiers, sont traversées par un imaginaire américain : stations-service, routes, paysages ruraux, figures de la culture populaire. Une Amérique fantasmée qui évoque autant le road-movie que le graffiti et qui fait résonner, en filigrane, l’histoire industrielle et sociale de nos propres territoires.
Un motif traverse discrètement ces différentes séries : le X. Parfois explicitement dessiné, parfois suggéré par la composition, les structures, les branches ou les perspectives, il agit comme une ligne de tension qui organise l’espace et ouvre simultanément l’image vers d’autres horizons. À cette géométrie s’ajoutent des références au psychédélisme et à une culture visuelle où le désir, la transformation et la liberté occupent une place centrale.
L’œuvre de Benoit Piret se tient ainsi dans un équilibre singulier entre mélancolie et jubilation. Ses images semblent célébrer ce qui est déjà en train de disparaître : paysages épuisés, architectures fragiles, vestiges d’une culture populaire, derniers éclats d’un monde en transformation. Une « fête triste », où la légèreté côtoie la gravité et où l’humour, la couleur et le désir viennent encore faire scintiller les images.
Car derrière cette abondance et cette profusion se dessine une quête plus intime : celle du désir, de ce qui persiste malgré sa disparition annoncée. Comme dans le road-movie, les images de Piret sont autant de fragments d’un voyage, une traversée où l’on cherche moins une destination qu’un horizon toujours en mouvement.









