Simon Outers

Ma pratique artistique se déploie à la croisée de deux univers complémentaires. L’un est marqué par la couleur, l’absurde, l’humour et une forme de satire du réel ; l’autre explore des territoires plus graves, parfois tragiques, où se révèlent les fragilités de la condition humaine. Cette tension entre légèreté et gravité constitue un point d’équilibre essentiel dans mon travail. La figure humaine en est le fil conducteur. Même lorsqu’elle semble absente, elle demeure présente de manière sous-jacente : dissimulée dans un paysage sous les traits d’une créature simiesque à peine perceptible parmi les feuillages, suggérée par une bulle de texte ou encore évoquée à travers des signes et des images secondaires. L’être humain apparaît comme une créature fragile, placée au centre de son propre univers, entre désir de communion avec la nature et volonté de domination qui conduit souvent à sa destruction. Mon travail interroge ainsi les mécanismes par lesquels l’homme tente de se distinguer du monde naturel dont il est pourtant issu et qu’il continue de représenter.

Parmi les thèmes qui traversent ma recherche, la question du temps occupe une place centrale. Je m’intéresse à la manière dont nous organisons et percevons le temps, en le mettant en relation avec les rythmes du vivant : la croissance de l’arbre, les cycles naturels, les phénomènes de transformation et de disparition. Dans mes travaux récents, cette réflexion prend forme à travers une construction en plusieurs strates. Chaque œuvre se caractérise par une triple profondeur : à une surface imprimée, dessinée ou peinte vient se superposer un collage composé de papiers peints récupérés. Ces fragments colorés agissent comme des balises visuelles, des traces résiduelles, les vestiges de ce qui a disparu. Cette stratification me permet d’évoquer simultanément ce qui fut, ce qui est présent et ce qui adviendra.

Le recours aux matériaux de récupération occupe également une place importante dans ma démarche. En détournant des éléments préexistants et en les intégrant à mes œuvres, je cherche à prolonger leur cycle de vie et à leur offrir une nouvelle existence. Cette pratique participe d’une forme de jeu, voire de malice, mais elle traduit aussi une réflexion plus profonde sur les notions d’origine, de transformation et d’interdépendance. Même ce qui semble singulier ou unique demeure lié à une matrice commune : cet ensemble vivant dont nous faisons partie et dont nous sommes indissociables.

Sur le plan technique, la gravure constitue le cœur de ma pratique. Depuis mes années de formation à l’Académie, j’ai toutefois cherché à en dépasser les cadres traditionnels. J’explore ses possibilités en la confrontant au collage, à la peinture et à l’intégration de matériaux modestes ou récupérés, souvent éloignés des supports considérés comme nobles. Cette hybridation des techniques me permet d’élargir le champ de la gravure et d’inscrire mon travail dans une démarche plastique ouverte, où l’expérimentation reste un moteur essentiel de création.

Julie Vervier

En résumé, le travail de Simon Outers traite du vivant, donc de nous : 
colosse au pied d’argile dans un monde dangereux que nous pensons maîtriser … malgré sa chute annoncée. Il explore notre rapport au vivant et au temps, en reliant le rythme de la vie à la croissance des arbres.

Ses œuvres, jouant sur plusieurs épaisseurs de papier et combinant collages, gaufrages et couleurs, parlent de ce qui disparaît, de ce qui est présent et de ce qui adviendra.

Esprit espiègle, il tente de contourner les conventions en faisant d’une oeuvre a priori multiple, un objet unique, augmenté.  Ce processus faisant partie intégrante de la taquinerie, mais aussi du développement de l’idée, que même le singulier tire sa part belle d’une matrice : cet ensemble naturel qui nous berce dans l’inséparabilité du vivant.

www.simonouters.be